historien maritime, journaliste, poète et conteur (1920-1987)

historien maritime, journaliste, poète et conteur (1920-1987)
portrait du 19 mai 1946 réalisé par sa sœur Geneviève, surnommée Vève

jeudi 23 décembre 2010

Avant-propos de Jean-François Deniau aux "Poèmes de la mer"





















Robert de la Croix, issu d'une vieille famille lorientaise et nantaise, capitaine au long cours, journaliste et grand écrivain maritime, a laissé - avant de disparaître en 1987 - une quinzaine de livres consacrés à la mer, presque tous couronnés de prix, et chez le même éditeur, Les Ecrivains de la mer, anthologie de la prose maritime que Bernard Poirot-Delpech a largement évoquée lors de sa parution en 1986. Christian de Bartillat a eu la chance récemment de retrouver cette "Anthologie des poètes de la mer", ouvrage qui est le frère jumeau des Ecrivains de la mer, mais cette fois consacré à la poésie.
Étonnante découverte! On pouvait penser que les Français n'avaient pas la fibre maritime. En fait, depuis le Moyen Âge jusqu'à nos jours, la mer est un thème permanent de notre littérature, beaucoup plus en vers qu'en prose. Peut-être justement parce que nous la connaissons mal, qu'elle reste pour nous irréelle. Panorama fantastique où les flots calmes ou tumultueux, déchaînent le rêve des hommes, les images maritimes se chargent de symboles et de messages.
Cette anthologie est également une chronologie. Selon les modes et les époques de l'Histoire, la mer toujours renouvelée chante navigations tragiques et merveilleuses du moyen Âge dans un milieu animé de dieux et de sirènes, puis les grandes découvertes de la Renaissance où le goût de l'aventure se marie avec une sorte de majesté divine. Règne dans notre littérature "la mer mythologique'. L'époque classique est rebelle au charme poétique de la mer qui disparaît pratiquement au siècle de Louis XIV et des Lumières. la mer n'est pas classique. Elle ne porte pas de perruque. Elle ne s'explique pas.
Avec le romantisme, la nature reprend ses droits et la mer les siens en tant que "grand paysage". Évocation de Chateaubriand, épopées hugoliennes, songeries de Lamartine, solitudes de Vigny. Désormais la mer est à tous, partout, inspirant les profondeurs de Lautréamont, les délires de Rimbaud, ou les visions marmoréennes de Mallarmé. Est-ce vraiment la mer? Ce ne sont peut-être pas ceux qui la pratiquent le plus qui la chantent le mieux.
Dans notre XXème siècle, parmi tant d'autres, Claudel y découvre l'infinie traversée, Valéry son Cimetière marin, Saint John Perse voit l'océan comme un songe. pour notre mode moderne trop cartographié et médiatisé, elle reste l'aventure et l'imaginaire. J'espère qu'il en sera ainsi pour l'éternité.
La mer est une grande brouilleuse de cartes, effaceuse de traces, perdeuse de fil. Elle est en même temps une vérité avec laquelle on ne triche pas et le monde de toutes les contradictions. Elle est pour l'homme le symbole de la liberté, et l'homme y vit comme en prison. Elle est encore source de vie et image du linceul. Tout y a peut-être commencé, sans doute. Tout y finira peut-être. Muette? Ah non! Elle n'arrête pas de parler, murmurer, gronder, et pas seulement dans les coquillages à l'oreille des enfants. Mais qui peut deviner son mystère et saisir son message? Codé, tout est codé. La mer ne parle qu'une langue, la sienne, et qui restera secrète aussi longtemps qu'elle. Elle est faite pour les poètes.

Jean-François Deniau, auteur de La mer est ronde et de La Désirade, a bien voulu préfacer Poèmes de la mer de Robert de la Croix.

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